Plan de Mobilité : pour VESEMT, Saint-Pierre-des-Corps ne peut pas rester au terminus des décisions
BHNS, gare TGV, Galboisière, Rabaterie, AtlantesDerrière un tracé, une conception de la Métropole
À quelques jours de l’ouverture de l’enquête publique, le Comité populaire et néanmoins bienveillant de VESEMT met à disposition sa contribution. Une question simple : à quoi sert un réseau structurant s’il contourne la gare, évite les quartiers populaires et s’arrête avant la ville habitée ?
À quoi sert un réseau de transport structurant s’il contourne la gare, évite les quartiers populaires et s’arrête avant la ville habitée ?
La question peut paraître provocatrice. Elle ne l’est pas. Elle découle du projet actuellement présenté.
Un BHNS jusqu’aux Atlantes… mais pas jusqu’à la gare
Le projet de Plan de Mobilité prévoit notamment un Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) reliant le secteur des Douets, au nord de Tours, au secteur des Atlantes à Saint-Pierre-des-Corps.
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13 km
de ligne
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5 km
aménagés
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6’30
fréquence pointe
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17 200
voyages / jour
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Nous parlons donc bien d’un équipement structurant à l’échelle métropolitaine. Mais il y a un détail qui n’en est pas un : le terminus est prévu aux Atlantes. Pas à la gare.
Or la gare de Saint-Pierre-des-Corps n’est pas une gare de quartier parmi d’autres. C’est un pôle TGV, un nœud ferroviaire majeur et l’une des principales portes d’entrée de la Métropole.
Pourquoi un réseau de transport collectif présenté comme structurant viendrait-il jusqu’à Saint-Pierre-des-Corps… pour s’arrêter avant d’atteindre son principal pôle de correspondance ?
Un Plan de Mobilité qui engage pour les dix prochaines années
Le 17 décembre 2025, le Comité syndical du Syndicat des Mobilités de Touraine a arrêté le projet de Plan de Mobilité 2026-2036.
La délibération portait précisément sur l’« arrêt du projet de Plan de Mobilité du Syndicat des Mobilités de Touraine ». Elle a été adoptée à l’unanimité des 8 votants présents.
Cette étape est importante : le projet doit désormais poursuivre son parcours réglementaire, avec notamment les consultations et l’enquête publique prévues en 2026. Le SMT indique que l’enquête publique est programmée du 28 septembre au 28 octobre 2026.
Autrement dit, le débat est loin d’être terminé.
Et c’est précisément pour cela que notre contribution mérite d’être lue, discutée et confrontée aux propositions qui seront présentées.
Une absence qui pose aussi une question de représentation
Lors de la séance du 17 décembre 2025, Olivier Conte, maire de Saint-Pierre-des-Corps, était excusé. Le procès-verbal indique également qu’il n’y avait alors que 7 titulaires présents et une suppléante disposant d’une voix délibérative, soit 8 votants.
Nous pouvons évidemment comprendre qu’un maire puisse être empêché.
Mais sur un dossier aussi structurant pour notre territoire, la question de la représentation de Saint-Pierre-des-Corps mérite d’être posée.
D’autant que le Conseil municipal avait, en mai 2024, exprimé une position très nette concernant Lignes2tram : le vote avait donné 31 voix contre et 1 abstention.
Les positions peuvent évoluer, les projets également. Mais cela rend d’autant plus nécessaire que les choix concernant les mobilités soient clairement débattus et assumés dans les différentes instances.
Une vieille histoire : Saint-Pierre-des-Corps dans la Métropole… mais parfois à côté
Ce débat n’arrive pas de nulle part. La commission d’enquête publique de décembre 2024 avait déjà relevé comme « difficilement compréhensible » l’exclusion de Saint-Pierre-des-Corps du tracé de la ligne B du tramway.
Elle avait également souligné que le tracé ne bénéficierait pas aux Corpopétrussien·nes et pouvait envoyer un « signal négatif » à une population qui se sentait exclue du projet.
La desserte de Saint-Pierre-des-Corps constitue un enjeu social dépassant la seule question de la rentabilité supposée.
Depuis, la situation a évolué. La DUP du tramway est acquise et il ne s’agit donc pas, dans notre contribution, de refaire aujourd’hui le débat sur son tracé. Le sujet ouvert à la discussion est celui du BHNS. Et précisément parce que son tracé reste susceptible d’évoluer dans le cadre de l’enquête publique, il serait dommage de considérer que tout serait déjà joué.
Deux QPV et une ville habitée qui restent sur le quai
Saint-Pierre-des-Corps compte aujourd’hui deux quartiers prioritaires de la politique de la ville : la Rabaterie et la Galboisière.
Le quartier a été classé QPV par décret du 28 décembre 2023, avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2024. Autrement dit, lorsque les études initiales du tracé ont été conduites, ce nouveau classement n’était pas encore intégré. Mais aujourd’hui, il l’est.
La question que nous posons est donc très concrète : les besoins de mobilité des habitant·es de ce quartier nouvellement classé prioritaire doivent-ils rester invisibles parce qu’ils ne figuraient pas dans les études d’hier ?
Pour VESEMT, la réponse est clairement non. Le Comité populaire demande que cette situation soit réexaminée à partir de la réalité actuelle du territoire : ses habitant·es, ses densités, ses déplacements et ses besoins.
Et il ne s’agit pas seulement de la Galboisière. Il s’agit également de la Rabaterie, autre QPV de Saint-Pierre-des-Corps. Deux quartiers populaires. Une population qui vit réellement là. Et un projet de BHNS qui ne les dessert pas directement.
Pourquoi faire des Atlantes un terminus ?
Le choix des Atlantes est notamment justifié par la perspective d’un pôle d’échanges et d’un rabattement automobile. Le secteur dispose déjà d’un important parc de stationnement : environ 1 700 places après son réaménagement de 2022, parfois présenté à 2 000 selon les sources.
Mais ces places existent déjà. Elles ne sont pas, pour l’essentiel, la conséquence du projet BHNS.
Si l’objectif est de faire passer les automobilistes du transport individuel au transport collectif pour rejoindre Tours, pourquoi leur demander de s’arrêter aux Atlantes puis de prendre un bus jusqu’à la gare, alors qu’ils peuvent rejoindre directement la gare de Saint-Pierre-des-Corps ?
La gare concentre déjà les TGV, les trains régionaux et les correspondances. Elle est déjà un lieu d’intermodalité. Elle est déjà une infrastructure de transport. Elle est déjà là.
La contribution du Comité populaire considère donc que le raisonnement du « parking intermodal aux Atlantes » mérite d’être sérieusement réexaminé si le BHNS devait être prolongé jusqu’à la gare.
Et il y a aussi la question de l’eau
Ce dossier ne concerne pas seulement les transports. Saint-Pierre-des-Corps est un territoire particulièrement concerné par le risque d’inondation et par le PPRI Val de Tours-Val de Luynes, actuellement en cours de modification.
La contribution attire donc également l’attention sur les conséquences possibles d’un développement supplémentaire du stationnement et de l’imperméabilisation des sols aux Atlantes.
À l’inverse, faire de la gare le véritable terminus du BHNS permettrait de concentrer davantage l’intermodalité sur un site qui est déjà consacré aux transports et sur des emprises publiques existantes ou susceptibles d’être réaménagées.
Ce n’est donc pas seulement une question de bus. C’est une question de cohérence entre mobilité, urbanisme, adaptation climatique et aménagement du territoire.
VESEMT ne demande pas de refaire le passé
Soyons précis. Notre contribution ne demande pas de remettre sur la table le tracé de la deuxième ligne de tramway. Elle ne prétend pas non plus inventer une troisième ligne de tramway qui ne correspond à aucune procédure actuellement engagée.
Elle porte sur le BHNS, parce que c’est là que le débat reste ouvert dans le cadre du Plan de Mobilité. Et nous ne demandons pas non plus que Saint-Pierre-des-Corps soit « favorisée ».
Nous demandons simplement que les mêmes principes affichés pour l’ensemble de la Métropole soient appliqués ici. Le dossier du SMT affiche notamment l’objectif de garantir l’accès aux services et aux équipements pour toutes et tous, y compris les personnes à mobilité réduite, les publics fragiles et les personnes âgées, et de couvrir l’ensemble du territoire. Très bien. Prenons donc cet objectif au sérieux.
Sept demandes, pas un simple coup de gueule
La contribution déposée par Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED, à titre personnel mais à partir du travail mené au sein du Comité populaire de VESEMT, formule sept demandes précises.
Car un projet métropolitain ne peut pas être seulement une carte avec des traits de couleur. Il faut aussi savoir qui décide, qui finance, qui réalise, qui entretient et qui répond aux habitant·es lorsque quelque chose ne fonctionne pas.
Une contribution parmi d’autres ? Oui. Une contribution à ranger dans un tiroir ? Non.
Le Comité populaire de VESEMT ne prétend évidemment pas détenir à lui seul la vérité sur les mobilités. Son rôle est précisément de mettre des questions sur la table. De partir de l’expérience vécue. De confronter les discours métropolitains aux réalités des quartiers. Et de permettre aux habitant·es de s’emparer de dossiers qui sont trop souvent présentés comme des affaires de spécialistes.
Car derrière BHNS, PDM, QPV, intermodalité, PPRI ou pôle d’échanges, il y a toujours la même chose : des personnes qui vont travailler, étudier, faire leurs courses, prendre un train, accompagner leurs enfants, rentrer chez elles.
Un transport collectif n’est pas performant uniquement parce qu’il circule souvent. Il est performant lorsqu’il dessert réellement les lieux où vivent les gens et lorsqu’il permet réellement de rejoindre les lieux où ils doivent aller.
Le débat ne doit donc pas s’arrêter aux Atlantes
La conclusion de notre contribution est volontairement simple. Un BHNS qui s’arrête aux Atlantes laisse la gare de Saint-Pierre-des-Corps à l’écart du réseau structurant et maintient les deux QPV de la commune hors de sa desserte directe.
Un BHNS prolongé jusqu’à la gare, en desservant la Galboisière et la Rabaterie, permettrait au contraire de penser ensemble gare, quartiers populaires, intermodalité et centralité métropolitaine. C’est cette deuxième hypothèse que nous demandons de mettre réellement en discussion.
Pas parce que Saint-Pierre-des-Corps devrait être « servie avant les autres ». Mais parce qu’une Métropole qui prétend organiser les mobilités pour toutes et tous doit aussi être capable de regarder toute sa ville. Y compris ses quartiers populaires. Y compris sa gare. Y compris les territoires que les cartes
A Saint-Pierre-des-Corps en Métropole Tourangelle, le 17 septembre 2026
Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED
- Locataire HLM du QPV de la Galboisière, avec vue sur la gare, et fier de l’être.
- Membre du Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle (VESEMT)
