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Recours à l’IA

Si nous avons recours à l’intelligence artificielle, ce n’est pas par soumission au progrès technologique.

Ce n’est pas parce que nous penserions que toute nouveauté technologique serait, par nature, un progrès.

Et encore moins parce que nous aurions décidé que les machines devraient désormais penser, écrire ou décider à notre place.

Nous y avons recours parce que nous pensons que la technique, lorsque est bien utilisée,  c’est-à-dire lorsqu’elle est réellement utile à celles et ceux qui l’utilisent, peut contribuer à lever des freins existants.

Parce que tout le monde n’a pas appris à « bien rédiger ». Tout le monde ne maîtrise pas les codes de l’écriture administrative, journalistique ou institutionnelle.

Tout le monde n’a pas le temps, la formation ou les compétences techniques pour aller fouiller un rapport de 300 pages, comprendre un budget, comparer des données ou se plonger dans un sujet complexe.Et pourtant, cela ne signifie pas que tout le monde n’a rien à dire.

Nous, nous faisons le pari de l’émancipation populaire.

Et cela suppose de prendre au sérieux une réalité assez simple : pendant longtemps, certaines formes d’expression ont été réservées, de fait, à celles et ceux qui maîtrisaient déjà les bons codes et les bonnes techniques.

On peut avoir une analyse pertinente, une expérience de terrain, une colère légitime, une proposition politique, une connaissance fine d’un problème… et se retrouver bloqué·e au moment de la mettre en forme.

Avoir quelque chose à dire et savoir parfaitement mettre en forme sont deux compétences différentes.

Alors pourquoi faudrait-il considérer comme moins légitime un point de vue simplement parce que sa mise en forme est plus difficile ?

Et soyons honnêtes : nous n’avons pas les moyens de nous payer un journaliste ou un infographiste.

Voilà aussi une réalité qu’il faut regarder en face.

  • Nous n’avons pas les moyens de nous payer un journaliste.
  • Nous n’avons pas les moyens de nous payer un graphiste ou une graphiste.
  • Nous n’avons pas les moyens de monter une agence de communication.
  • Nos productions ne sont pas vraiment monnayables.Elles ne génèrent pas de revenus permettant de financer les compétences professionnelles dont nous aurions besoin pour les produire.

Et cela pose une question que nous trouvons étrangement peu posée :

Qu’est-ce que devient la citoyenneté lorsque la qualité de la prise de parole dépend de la capacité à la financer ?

Parce que derrière la maîtrise de l’écriture, du graphisme, de la vidéo, de la documentation ou de l’analyse technique, il y a aussi une question très matérielle :

qui peut se payer le droit d’être lisible, visible et audible ?

Cette question est souvent évacuée. Parfois inconsciemment, peut-être. Mais parfois aussi, il faut bien le dire, avec quelque chose qui ressemble fort à du mépris de classe.

On valorise les productions bien écrites, bien mises en page, bien illustrées, bien documentées. Très bien.

Mais on oublie parfois de regarder qui a eu les moyens de les produire.

Alors oui, nous utilisons l’IA pour nous aider à franchir cette barrière.

Pas parce que nous pensons que le travail journalistique, graphique ou éditorial ne vaut rien. Au contraire.

Nous savons précisément ce que valent ces compétences parce que nous savons que nous n’avons pas les moyens de nous les offrir.

Si demain nous avons les moyens de rémunérer correctement des journalistes, des graphistes, des illustrateur·ices, des développeur·euses ou des spécialistes, nous serons évidemment heureux·ses de le faire. Quoique cela n’est pas du tout notre projet d’émancipation

Nous posons ici ce qui nous semble incontournable : Pourquoi faudrait-il que l’absence d’argent signifie l’absence de parole ?

Documenter un point de vue sans avoir déjà toute la bibliothèque

Nous pouvons avoir un point de vue sur un sujet sans avoir acquis, au préalable, tout le fonds documentaire nécessaire pour le documenter.

Nous ne sommes pas toustes chercheur·euses, juristes, économistes, ingénieur·es ou spécialistes de chaque sujet dont nous avons besoin de parler.

Pourquoi faudrait-il pour autant renoncer à nous en emparer ?

L’IA peut nous aider à défricher un sujet, à identifier des sources, à comprendre des notions techniques, à comparer des documents, à faire émerger des questions.

Elle peut nous aider à entrer dans un domaine dont nous n’avions pas les clés.

Ensuite, évidemment, il faut vérifier, recouper, discuter, confronter les sources et exercer notre esprit critique.

Mais l’émancipation ne consiste pas à attendre d’être spécialiste avant d’avoir le droit de comprendre.

Elle consiste aussi à se donner collectivement les moyens de comprendre ce qui nous concerne.

Et pour les images, on fait comment ?

Même logique pour l’image.

Combien d’entre nous sont graphistes ?

Combien savent réellement concevoir une affiche, une illustration, une infographie ou une identité visuelle ? Pas beaucoup.

Alors oui, nous pouvons demander à une IA de nous aider à produire une image.

Pas parce que nous prétendons être graphistes. Mais précisément parce que nous ne le sommes pas.

Là encore, il y a une contradiction que nous ne voulons pas masquer.

  • Nous savons que l’IA transforme et menace une partie des métiers créatifs.
  • Nous savons aussi que derrière chaque image générée, il existe des infrastructures, des données, des machines et du travail humain.
  • Nous ne voulons pas faire comme si tout cela n’existait pas.

Mais nous refusons également de faire comme si la seule alternative consistait à laisser la production d’images, de textes ou de savoirs à celles et ceux qui peuvent se les payer.

Et la planète dans tout ça ?

Évidemment, il y a cette  autre question. Et elle est énorme.

L’IA consomme.

  • Elle consomme de l’électricité.
  • Elle consomme de l’eau.
  • Elle nécessite des infrastructures considérables.
  • Elle repose sur des data centers, sur des réseaux, sur des machines, sur des matières premières et sur une dépendance croissante à l’énergie.
  • Et nous ne voulons surtout pas évacuer cette question au prétexte que l’outil nous est utile.

L’écologie ne s’arrête pas à la porte du data center.

Nous sommes parfaitement capables de tenir ensemble deux idées qui peuvent sembler contradictoires :

  • Oui, l’IA peut nous aider.
  • Oui, l’IA a un coût écologique et social que nous devons regarder en face.

Nous ne voulons ni de l’angélisme technologique, ni du rejet de principe.

  • Nous voulons comprendre.
  • Mesurer.
  • Comparer.
  • Questionner les usages.
  • Limiter ce qui peut l’être.

Et surtout, nous demander qui décide de l’usage des infrastructures, qui possède les données, qui contrôle les machines et qui capte la valeur produite.

Parce qu’au fond, la question écologique rejoint ici la question démocratique.

Du colibri au data center

Nous aimons beaucoup l’idée portée depuis longtemps par les Colibris : chacun·e peut faire sa part.

  • À notre échelle, nous essayons de le faire.
  • Nous pouvons réfléchir à nos usages.
  • Éviter les productions inutiles.
  • Ne pas demander à une machine de produire mille images quand une seule suffit.
  • Ne pas multiplier les requêtes simplement parce que cela ne coûte rien à la personne qui les formule.
  • Faire attention à ce que nous faisons. Voir même ne pas faire en améliorant ce qui existe déjà notamment en terme d’image 

Mais aujourd’hui, la question est comme souvent essentiellement  macro.

Parce qu’il ne suffit plus de demander à chacun·e de faire sa part quand se joue, à une échelle industrielle, une course mondiale aux data centers, aux capacités de calcul, aux données et à l’énergie.

La question devient :parce que nous sommes sérieuses et sérieux.

  • Qui va capter les data centers ?
  • Qui va contrôler les infrastructures ?
  • Qui va posséder les données ?
  • Qui va dominer l’intelligence artificielle ?

Et surtout : qui décidera de ce qu’on en fera ? Question que nous aurions certainement du nous poser collectivement avant son introduction dans toutes les « pores » de nos vie.

Parce que si aujourd’hui quelques entreprises concentrent les données, les infrastructures, les modèles et les capacités de calcul, alors nous ne parlerons plus seulement d’une nouvelle technologie. Nous parlerons d’un nouveau pouvoir.

Et celui-là, il faudra bien que la démocratie s’en occupe…. Surtout quand nos Etats se l’approprient ou se soumettent déjà (et vice versa).

Alors oui : nous sommes prêts pour ce combat.

  • Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses.
  • Nous savons que l’IA va transformer des métiers.
  • Nous savons que certains emplois vont disparaître, que d’autres vont être profondément modifiés et que cette transformation ne sera pas neutre.
  • Nous savons qu’elle aura un coût écologique.
  • Nous savons qu’elle pose des questions considérables sur les données, la propriété intellectuelle, les infrastructures et la concentration du pouvoir.

Nous n’avons aucune envie de fermer les yeux là-dessus.

Mais nous refusons aussi que ces problèmes servent à maintenir une autre forme de sélection sociale : celle qui consiste à dire que si vous ne savez pas écrire ou parler comme un journaliste, dessiner comme un graphiste, analyser comme un économiste ou coder comme un informaticien·ne, alors vous n’avez qu’à vous taire.

Non.

La citoyenneté ne devrait pas être une compétence réservée aux personnes qui peuvent se payer les professionnel·les qui la rendent visible.

C’est précisément pour cela que nous parlons d’émancipation populaire.

  • La technique nous intéresse lorsqu’elle peut devenir un moyen d’élargir le pouvoir d’agir.
  • Pas lorsqu’elle devient un moyen supplémentaire de concentrer le pouvoir.
  • Et c’est peut-être là que se trouve notre véritable sujet avec l’IA.

Pas : « Pour ou contre l’intelligence artificielle ? » Mais :

  • Qui la possède ?
  • Qui la contrôle ?
  • Qui peut y accéder ?
  • À quelles conditions ?
  • Pour faire quoi ?
  • Et au bénéfice de qui ?

À notre niveau, nous faisons ce que nous pouvons.

  • Nous expérimentons.
  • Nous nous formons.
  • Nous vérifions.
  • Nous discutons.
  • Nous essayons de faire notre part.
  • Mais nous savons aussi que la bataille ne se gagnera pas seulement à notre échelle.

Car pendant que nous apprenons à mieux utiliser ces outils, d’autres sont déjà en train de construire les infrastructures qui détermineront qui pourra les utiliser demain.

Alors oui, nous avons recours à l’IA.

  • Pas par fascination.
  • Pas par soumission au progrès.
  • Pas pour remplacer les humain·es.
  • Et certainement pas pour nous dispenser de réfléchir.

Nous y avons recours parce que nous voulons pouvoir faire, le nécessaire vital

  • Écrire.
  • Comprendre.
  • Documenter.
  • Créer.
  • Partager.
  • Participer.

Nous pensons que la machine n’écrit pas à notre place : elle écrit à notre demande. Car pour obtenir un résultat, il faut lui adresser un prompt, et celui-ci dépend toujours de celle ou celui qui le formule. Changez de personne, changez le regard, les informations, les attentes ou les corrections : le résultat change. Le prompt, la relecture et les choix humains sont donc aussi une forme de garantie éthique : l’IA produit, mais c’est toujours, à ce stade, une personne humaine qui lui demande quoi produire et qui décide de ce qu’il en fait.

Et si la technique peut contribuer à rendre cela possible pour davantage de personnes, alors nous voulons nous en emparer.

  • Collectivement  et pas uniquement individuellement
  • Avec prudence.
  • Avec esprit critique.
  • Avec une exigence écologique.
  • Et avec une exigence démocratique.
  • Parce que notre question n’est finalement pas de savoir si les machines vont prendre le pouvoir.

C’est de savoir qui va prendre le pouvoir grâce aux machines.
Et là, oui. Nous sommes prêts pour le combat.
Notamment celui de la formation à un usage « raisonnable » et « éthique de l’IA en espérant que celà est encore possible!

 

TMVL le 06/09/2026

Le Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle (VESEMT).

  • N.B.1  : Par souci de mise à distance pour faciliter le débat sur nos positions, nos articles sont systématiquement et largement sourcés. Celui ci est l’exception qui confirme la règle
  • N.B. 2 : Pour écrire « Ajouter après la signature, nous n’utilisons pas « PS » mais N.B. (Nota Bene) par pur souci de protection.