#Les bâtisseurs de conférence de presse (1)
Dans certaines municipalités très attachées au progrès social, la rénovation urbaine commence toujours par l’étape la plus importante du chantier : la photographie.
L’avenue, elle , elle peut encore tranquillement tomber en ruine. Mais l’essentiel est ailleurs : dans la mise en scène. On choisit le lieu doté d’un panneau avec “Projet de réhabilitation” flambant neuf (ici oublié) — car rien ne doit paraître trop usé, sauf le patrimoine.
Puis vient l’habillage des futurs élus. Moment délicat. Le(s) maire(s) – spécialité locale – enfilent la tenue réglementaire du bâtisseur populaire : casque parfaitement immaculé, gilet fluorescent avec un logo choisi au hasard qui n’a jamais connu la poussière, chaussures de sécurité (ou bottes) qui découvrent le concept de gravier. En quelques secondes, ils ressemblent à une délégation syndicale venue négocier avec un parpaing.
La scène peut alors accueillir sa dimension historique. On rappelle l’héritage de la République (nom de l’Avenue) parce qu’un ravalement de façade sans référence morale risquerait de paraître vulgaire. On évoquera la Résistance car chacun sait que le Conseil national de la Résistance rêvait déjà d’une isolation thermique par l’extérieur des bâtiments qui bordent la voie. Et, dans les cas d’inspiration lyrique, on convoque la Commune de Paris, événement dont la finalité profonde était manifestement la rénovation des friches industrielles et des anciennes casernes.
Pendant ce temps, la pelleteuse — souvent louée pour l’après-midi — reste prudemment immobile. Ici elle est curieusement absente. Elle mériterait d’être là avec la dignité d’un mammouth empaillé en ce moment où l’action publique atteint son plus haut niveau : la pose devant l’objectif.
La photo est prise. Les casques brillent, les sourires sont graves, la République sociale contemple une route !
Le chantier, lui, commencera peu-être plus tard. Après les études. Puis les contre-études. Puis les réunions de concertation, les réunions pour préparer les réunions de concertation, et peut-être un jour un appel d’offres. Mais ce n’est pas si grave : l’essentiel est déjà accompli.
La rénovation existe désormais dans sa forme la plus solide : la communication municipale.
A Saint-Pierre-des-Corps le 07/03/2026.
Le Comité Populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle.
(1) Librement inspiré des posts sur leur FaceBook
