La ville inclusive, ou l’art municipal d’inclure sans rien changer
(chronique inspirée des programmes connus à cette date et de la vidéo de Val de Loire TV )
Il faut reconnaître aux campagnes municipales une qualité rare : elles parviennent à produire des concepts magnifiques avec une audace poétique que même la littérature contemporaine hésite à assumer.
Par exemple : la “ville inclusive”.
La ville inclusive, c’est très beau.
C’est une ville où tout le monde aurait sa place. Une sorte de République miniature où les citoyens se promèneraient fraternellement sur des trottoirs accessibles, sous l’œil attendri du maire et d’un panneau flambant neuf financé par la Région.
Évidemment, dans les discours, cela commence toujours par la question du handicap. Et soyons sérieux deux minutes : l’accessibilité est une exigence démocratique fondamentale. Une société incapable de permettre à chacun de circuler et d’accéder aux services publics mérite à peu près le même respect qu’un escalier roulant en panne.
Mais voilà : la politique municipale a parfois découvert un filon admirable.
Le handicap permet d’être inclusif sans être subversif.
On installe une rampe.
On élargit une porte.
On inaugure une place avec trois discours, deux photographes et un buffet.
Et tout le monde est content. Surtout l’ordre social.
Car pendant qu’on discute de l’angle réglementaire des trottoirs, on évite soigneusement de parler de choses infiniment plus dangereuses pour la tranquillité municipale :
- la relégation des quartiers populaires,
- les discriminations raciales dans l’accès au logement et à l’emploi,
- l’absence quasi totale de pouvoir politique des habitants concernés.
Or, l’exclusion urbaine n’est pas une simple erreur d’aménagement urbain.
Ce n’est pas un trottoir mal conçu. C’est un rapport de pouvoir.
Mais là, évidemment, l’inclusion devient soudain beaucoup plus délicate.
Parce que transformer un trottoir coûte de l’argent. Transformer un rapport de domination coûte… des élections.
Alors la politique municipale invente une discipline très subtile : la hiérarchie des vulnérabilités.
Certaines souffrances sont parfaitement audibles : elles permettent d’afficher de la compassion sans redistribuer la moindre parcelle de pouvoir.
D’autres, en revanche, sont manifestement moins élégantes dans un programme électoral. Elles posent des questions désagréables, comme par exemple :
- pourquoi certains quartiers concentrent-ils toutes les difficultés sociales ?
- pourquoi leurs habitants sont-ils presque absents des lieux de décision ?
- pourquoi parle-t-on toujours à leur place, mais rarement avec eux ?
Et là, la ville inclusive devient soudain beaucoup plus modeste.
On parle de médiation.
De lien social.
Parfois même de citoyenneté.
Mais surtout pas de pouvoir.
Car une véritable ville inclusive devrait accepter une idée assez révolutionnaire :
les habitants des quartiers populaires ne sont pas seulement des bénéficiaires de politiques publiques.
Ils pourraient aussi en être les décideurs.
Et là, on comprend que l’inclusion municipale rencontre une limite philosophique.
Un peu comme ces clubs très ouverts qui acceptent tout le monde… à condition que personne ne touche au règlement intérieur.
Au fond, certaines villes inclusives ressemblent à ces soirées mondaines où l’hôte proclame avec enthousiasme :
« Ici, tout le monde est le bienvenu ! »
Ce qui est parfaitement vrai.
À condition que certains continuent, comme d’habitude, à regarder la fête depuis le trottoir.
Et, pour conclure dans un esprit que Pierre Desproges aurait probablement apprécié :
« En politique municipale, on aime beaucoup inclure les gens.
Mais on préfère encore choisir lesquels.«
Et comme nous pensons qu’il faut aussi être concret là vous trouverez 10 Actions pour une réappropriation politique de la notion de « ville inclusive »
A Saint-Pierre-des-Corps le 05/03/2026.
Le Comité Populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle
