TMVL Vs DÉCHETS (suite) : « LE DERNIER MÈTRE EST CELUI OU LE SERVICE PUBLIC DEVRAIT CONTINUER A ÊTRE AU RENDEZ-VOUS ! »
Suite de « Déchets : cinq ans de communication, les affiches changent, les dépôts reviennent »
Le « dernier mètre », c’est quoi ?
Le « dernier mètre », c’est celui qui reste entre l’habitant·e et la solution. On peut organiser la collecte, multiplier les consignes, afficher les interdictions et publier les photos de dépôts sauvages. Mais si, au moment où une personne doit vider son logement, déménager ou se débarrasser d’un volume exceptionnel d’encombrants ou ses déchets du quotidien, aucune solution simple, accessible et adaptée ne lui est proposée, il reste toujours un mètre à franchir.
C’est ce dernier mètre qui nous intéresse ici. Parce qu’en matière de service public, c’est souvent le plus court chemin vers le problème… ou vers sa solution.
Encore une photo. Encore un rappel. Et toujours les mêmes dépôts.
Il suffit de parcourir régulièrement les Facebook concerné par Saint-Pierre-des-Corps pour le constater : les publications montrant des encombrants abandonnés, rappelant les interdictions et appelant les habitant·es à davantage de civisme reviennent fréquemment. Une photo, un rappel à la règle, parfois la promesse de sanctions : le scénario est devenu familier. Et aller comme moi sur d’autres réseaux voir si le phénomène est aussi présent (ex : TMVL, Tours…), vous verrez que non.
« Et pourtant, si les publications se répètent, chez nous, c’est bien que le problème, lui, ne se règle pas et pas obligatoirement que nous sommes « collectivement moins civiques » que les autres »
Nous ne contestons évidemment pas l’évidence : abandonner ses déchets n’importe où est une mauvaise pratique. Cela dégrade le cadre de vie, complique le travail des agent·es et pénalise les habitant·es qui respectent les règles. Il faut le dire clairement. Le faire comme c’est le cas à Saint-Pierre-des-Corps à côté des lieux d’apport volontaire tout autant. Mais comme il ne s’agit pas de ce qu’on appelle des « dépôts sauvages partout dans la ville », ça devrait interroger nos décideurEs
Car une collectivité ne peut pas durablement répondre à un problème public uniquement par des photographies, des injonctions et des amendes. Sinon, à force de photographier le symptôme, on finit par oublier de chercher la cause…. Et ça fait déjà plus de cinq ans !
Le dépôt sauvage n’est pas toujours une vocation : parfois, c’est un échec du « dernier mètre »
Prenons le cas des déménagements. Un logement doit être vidé. Les meubles s’accumulent. Le calendrier se resserre. Le volume dépasse ce qui est prévu. À cet instant, l’habitant.e doit trouver une solution.
Si la solution est simple, connue et accessible, elle sera probablement utilisée. Si elle est compliquée, trop lente, mal expliquée ou inadaptée à un volume exceptionnel, il ne suffit pas de rappeler que le dépôt sauvage est interdit pour faire disparaître les meubles…. Ils iront précisément là d’autant plus que d’autres l’ont fait avant !
Un canapé ne lit pas les panneaux municipaux. Une armoire ne connaît pas les horaires de la déchetterie. Et un déménagement, contrairement à une campagne de communication, ne demande pas la permission pour arriver mardi matin.
C’est précisément là que commence la responsabilité politique.
Comprendre, réfléchir, adapter… avant de sanctionner
Une méthode en trois temps : comprendre, penser, adapter. C’est probablement dans cet ordre qu’il faudrait la mettre en œuvre.
Comprendre, c’est identifier les situations qui produisent les dépôts : déménagements, volumes exceptionnels, difficultés d’accès, information insuffisante ou absence de solution dans les délais.
Réfléchir, ici, c’est aller chercher les solutions avec les habitant·es, les technicien.es et les médiateurs/trices sociaux, les associations, les ressourceries, les acteurs du réemploi et plus généralement les structures de l’Economie Sociale et Solidaires (ESS) plutôt que de considérer immédiatement l’habitant·e comme un contrevenant.
Adapter, enfin, c’est faire évoluer le service lorsque les mêmes difficultés reviennent. Parce qu’un problème qui revient régulièrement n’est plus seulement un problème de comportement : il devient aussi une question d’organisation.
Et si le bon comportement était simplement le plus facile ?
Voilà une idée presque révolutionnaire : pour faire respecter une règle, on peut commencer par rendre son respect possible.
Pourquoi ne pas imaginer un véritable canal « urgence déménagement », avec une collecte express sous 48 heures ? Pourquoi ne pas développer des collectes solidaires avec celles et ceux cités.es plus haut) plus Pourquoi ne pas prévoir, pour un départ de logement, un volume pour un nouveau service temporairement adapté aux circonstances ?
Pourquoi ne pas mieux informer sur les solutions existantes avant que le meuble ne finisse au pied du bac ?
Nous proposons également d’augmenter où c’est nécessaire les collectes grâce à un sur-ramassage, de renforcer les points de collecte et leur signalétique, d’agir sur les lieux où les premiers dépôts créent un « effet de seuil » et de réserver les outils de surveillance aux situations où ils sont réellement pertinents, notamment pour les récidivistes. Bref : faire en sorte que le bon choix soit aussi le choix le plus simple.
Le tout-répressif a un avantage : il est très photogénique
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Une amende se raconte facilement. Notre Maire l’a déjà fait !
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Une collecte réussie, beaucoup moins.
Une publication sur le site de la ville dénonçant un dépôt sauvage produit immédiatement une réaction. Une politique de prévention efficace, elle, produit surtout… moins de dépôts.
C’est peut-être moins spectaculaire. Mais c’est précisément ce qu’on devrait rechercher.
La sanction doit exister. Elle peut être nécessaire et légitime lorsqu’il s’agit de comportements délibérés ou répétés. Mais elle ne peut pas devenir l’alpha et l’oméga d’une politique des déchets. On le voit tous les lundis !
Une politique publique digne de ce nom ne devrait pas se contenter de dire : « C’est interdit. » Elle devrait aussi être capable de répondre : « Voilà comment on vous aide à faire autrement. »
Quand Facebook devient le thermomètre, il faut peut-être regarder la température
La fréquence de ces publications devrait d’ailleurs interpeller les élu·es, qui évidemment y sont amiEs. Non pour reprocher à quiconque de montrer une réalité qui existe, mais parce qu’une répétition finit par constituer un indicateur.
Si les mêmes situations donnent lieu, semaine après semaine ou mois après mois, aux mêmes rappels, aux mêmes photos et aux mêmes appels au civisme, alors la question politique n’est plus seulement : « Qui a fait ça ? »
Elle devient : « Qu’est-ce qui, dans notre organisation collective, permet que cela continue ? »
« Un(e) élu(e) devraient pas, selon nous, être un Community Manager de la colère publique. Son rôle devrait permettre de de transformer cette colère en décisions, en moyens, en services et en résultats et ainsi éviter le « désespoir » des électeurs et électrices.
Déménager n’est pas une incivilité
C’est peut-être le point qu’il faut marteler. Un déménagement est un moment de vie. Il peut être prévu ou précipité, choisi ou subi. Il peut intervenir après un changement familial, professionnel ou résidentiel. Il peut concerner une personne seule comme une famille.
Dans toutes ces situations, les mètres cubes existent. Les meubles existent. Le temps disponible existe. Et une politique publique qui ignore ces réalités laisse précisément ce « dernier mètre » à la charge de l’habitant·e.
Accompagner ne signifie pas excuser. Prévenir ne signifie pas renoncer à sanctionner. Et proposer une solution n’interdit nullement de poursuivre celles et ceux qui choisissent délibérément de s’en affranchir.
Cela signifie simplement qu’on refuse de confondre politique publique et politique du bâton.
La vraie question n’est pas « qui a laissé ça ? »
La vraie question politique reste : « Nous Elu.es qu’avons-nous mis en place pour que cela n’arrive pas ? »
Parce qu’un élu·e qui ne voit dans un tas d’encombrants qu’un contrevenant à punir risque de passer à côté de la moitié du problème. Et donc de la moitié de la solution.
Nous continuerons à condamner les dépôts sauvages. Mais nous continuerons également à demander que l’on regarde ce qu’ils disent de l’organisation du service public et de la capacité de la Métropole à répondre aux situations concrètes.
À la Métropole, il ne devrait pas être plus facile de voir une photo d’un dépôt que de trouver une solution pour l’éviter.
Le dernier mètre, c’est justement celui où il ne faudrait pas abandonner les habitant·es
La politique des déchets mérite mieux qu’une succession de rappels à l’ordre. Elle mérite une politique tout court.
Le « dernier mètre » doit être celui où le service public rencontre aussi la réalité de la vie quotidienne, d’un déménagement, un meuble trop gros, un volume exceptionnel, une urgence.
Et si, pour une fois, nous essayions de prévenir avant de punir ? C’est moins spectaculaire qu’une photo de canapé abandonné, qu’un sac de bouteilles abandonnées à côté ! ». C’est moins commode qu’une amende. Mais c’est probablement beaucoup plus utile.
« Parce qu’au fond, le dernier mètre des déchets ne devrait jamais être celui où l’habitant·e est laissé·e seul·e avec son problème ».
Saint-Pierre-des-Corps, le 14/08/2026
Abd-El-Kader AIT-MOHAMED
• Locataire HLM de la Tour de la Galboisière et « Fier de l’être ».
• Membre du Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle (VESEMT).
Sources
• VESEMT, « Déchets : cinq ans de communication, les affiches changent, les dépôts reviennent », article précédent : https://vesemt.org/?p=894
• Facebook concerné : Facebook de « Tu es de SaintPierre-des-Corps, si…. » publications récurrentes relatives aux dépôts sauvages, aux encombrants et au rappel des règles, telles qu’évoquées dans le document de travail et dans la demande éditoriale.
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