Place Maurice Thorez : chronique d’une transparence invisible

Le 28 mai dernier, nous adressions à la Ville une demande simple : obtenir les documents permettant de comprendre les aménagements réalisés autour de la place Maurice Thorez à la suite de notre communiqué : Place Maurice-Thorez : quand la communication précède l’explication et nourrit la défiance.
- Pas un secret d’État.
- Pas les codes nucléaires.
- Pas les plans d’invasion de la Belgique.
Juste des documents administratifs concernant un projet visible quotidiennement par tous les habitants.
Le 12 juin, alors que la préparation des Fêtes Municipales de ce week-end sur cette même place battaient son plein, nous recevions une réponse par courriel. Nous espérions, sûrement par « crédulité » que celui-ci nous annoncerait que lors de ces Fêtes Municipales, « réussies pour le moins », la Ville mettrait en place une exposition pour enfin présenter son projet de « dynamisation » du secteur
Nous espérions alors entrer dans une phase d’explication du projet. En réalité, nous sommes entrés dans une autre dimension : celle où l’on vous explique avec beaucoup de détails pourquoi il est difficile de vous communiquer les détails.
C’est une forme d’art assez particulière. Imaginez que vous demandiez l’heure à quelqu’un et qu’il vous réponde : « Je comprends parfaitement votre interrogation sur le temps qui passe. Toutefois, l’agent chargé de la montre est actuellement indisponible ».
Au terme de plusieurs échanges par courriel, un constat s’impose. Nous en savons aujourd’hui beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles les documents ne nous sont pas communiqués que sur le contenu des documents eux-mêmes. C’est un peu comme commander un café et recevoir une conférence de trente minutes sur la culture du caféier.
À la fin, vous êtes toujours aussi fatigué. Pourtant, nos questions restent d’une banalité désarmante :
- Quelles autorisations ont été délivrées ?
- Quels documents ont fondé les décisions prises ?
- Quels engagements ont été pris par les différents intervenants ?
- Quelles études ont été réalisées concernant les circulations, le stationnement et les usages de l’espace public ?
- Qui est responsable de quoi ?
À ce jour, ces réponses semblent bénéficier d’un régime de protection plus strict que la recette du Coca-Cola. Au fil des échanges, nous avons également découvert une théorie administrative fascinante : certains documents ne seraient pas immédiatement accessibles en raison de l’absence d’un agent.
Nous comprenons parfaitement les contraintes humaines. Mais lorsqu’un dossier d’intérêt public semble reposer sur une seule personne, nous ne sommes plus dans l’organisation administrative. Nous sommes dans la haute voltige.
C’est un peu comme découvrir que l’ensemble des archives municipales est stocké sur une clé USB accrochée au porte-clés d’Olivier. Et qu’Olivier est en RTT. Le plus surprenant reste cependant cette idée selon laquelle les citoyens devraient se satisfaire d’affirmations dont ils ne peuvent vérifier les fondements.
En résumé :
- Tout est conforme.
- Très bien. Peut-on voir les documents ?
- Pourquoi ?
- Parce que tout est conforme.
Nous reconnaîtrons que, sur le plan logique, la démonstration possède une élégance circulaire remarquable.
Face à cette situation, nous avons poursuivi les démarches prévues par la loi. Le 13 juin, nous avons adressé une relance de notre mise en demeure de communication des documents demandés en vue d’une saisine de la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) le 29/06/2026 afin d’obtenir le cas échéant ces documents et que soient rappelées les règles élémentaires qui s’imposent à toute administration en matière de transparence et de communication des documents publics.
Contrairement à ce que certains pourraient croire, notre objectif n’est pas de créer une polémique. Notre ambition est beaucoup plus modeste. Nous aimerions simplement pouvoir consulter les éléments objectifs permettant à chacun de se faire sa propre opinion en les communicant.
Une exigence qui, dans une démocratie locale, ne devrait pas relever de l’enquête paranormale. Ce dossier dépasse désormais largement la question des aménagements de la place Maurice Thorez.
Il pose une question simple : La confiance des habitants se construit-elle sur des documents accessibles ou sur des actes de foi ?
Pour notre part, nous continuons de penser que la transparence ne consiste pas à répéter que tout va bien. Elle consiste à montrer pourquoi. Nous continuons donc à attendre les documents que nous communiquerons à réception… Avec patience.
Mais également avec cette curiosité que l’on éprouve lorsqu’on commence à soupçonner que le monstre du Loch Ness a peut-être moins de facilité à se cacher qu’un dossier administratif.
À Saint-Pierre-des-Corps, le 15/06/2026.
Le Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle
