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8 mai 1945 : contre l’oubli colonial, pour la vérité et la justice

Le 8 mai 1945 ne marque pas seulement la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. En Algérie, ce jour ouvre une séquence de répression coloniale massive contre des manifestations pacifiques réclamant liberté et autodétermination. À Sétif, Guelma et Kherrata, la réponse de l’État français est immédiate et implacable : arrestations, tortures, exécutions sommaires, bombardements. Le bilan est terrible : entre 20 000 et 30 000 Algériens tués.

Pour Olivier Le Cour Grandmaison, ces massacres ne sont ni des “dérapages” ni une “tragédie” abstraite. Ils relèvent d’une politique d’État assumée, visant à terroriser les populations colonisées et à signifier que l’indépendance est exclue.

Un crime connu… mais toujours non reconnu

Les responsabilités politiques et militaires sont aujourd’hui établies par les historiens. Pourtant, l’État français persiste à éviter les mots justes.
On parle de “tragédie”, de “folie”, mais on refuse de nommer des crimes d’État, voire des crimes contre l’humanité.

Ce déni n’est pas un oubli : c’est une stratégie.
Nommer clairement ces crimes ouvrirait la voie à des responsabilités juridiques et politiques.

Une bataille politique et mémorielle en cours

Face à ce silence, des mobilisations se développent :

  • des parlementaires ont récemment proposé une reconnaissance officielle de ces massacres comme crimes d’État
  • des collectifs, chercheurs et associations exigent vérité et justice
  • des initiatives locales cherchent à inscrire cette mémoire dans l’espace public

Mais en parallèle, une offensive idéologique réhabilite le passé colonial et attaque les travaux critiques, accusés de “dénigrer” la nation.

Décoloniser la République

La reconnaissance du 8 mai 1945 ne peut être isolée. Elle implique :

  • la remise en cause du récit national colonial
  • la transformation de l’espace public (noms de rues, monuments)
  • la création de lieux de mémoire et de savoir
  • des politiques de réparations et de justice

L’auteur appelle à la création d’une assemblée décoloniale, indépendante et démocratique, capable de fédérer les luttes et de porter ces exigences à l’échelle nationale.

Une exigence politique immédiate

Dans un contexte de montée des discours réactionnaires et de banalisation du passé colonial, il ne s’agit plus seulement de connaître l’histoire.

👉 Il s’agit d’en tirer les conséquences.
👉 De rompre avec le déni.
👉 D’imposer la vérité comme base de la justice.

Source

Article : Mediapart“Reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 : pour une assemblée décoloniale”, publié sur le blog de l’auteur.

À propos de l’auteur

Olivier Le Cour Grandmaison est un universitaire français en science politique, spécialiste reconnu de l’histoire coloniale et des violences d’État. Il a publié de nombreux travaux critiques sur le colonialisme français et ses héritages contemporains.