PÉRISCOLAIRE : ET SI LE PROBLÈME ÉTAIT AUSSI POLITIQUE ?
PÉRISCOLAIRE : UNE QUESTION POLITIQUE, ICI COMME AILLEURS
À la suite de la publication de The Conversation, posons la question ici
Le périscolaire est il une question politique ?
Ou seulement une question d’horaires, d’effectifs, de budget ou d’organisation. Pour nous c’est une question qui touche à notre conception de l’enfance, de l’éducation, du service public et de la place que nous accordons aux familles.
C’est précisément ce que viennent rappeler Jérôme Camus, maître de conférences en sociologie à l’Université de Tours, et Laurent Besse, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Tours, dans un article publié le 3 septembre 2026 dans The Conversation :
« Périscolaire : derrière le scandale des violences sexuelles, un secteur en manque de projet politique ? »
Les deux auteurs posent notamment une question qui nous semble essentielle :
« Que voulons-nous faire du temps périscolaire ? »
Cette question mérite d’être largement discutée. Et elle mérite aussi d’être posée ici, à Saint-Pierre-des-Corps.
Car les difficultés que nous rencontrons localement : organisation des ALSH, recrutement des animateur·rices, recours aux ATSEM, conditions de travail, réponse aux besoins des familles ne sont pas des sujets isolés.
Elles renvoient toutes, d’une manière ou d’une autre, à la même question que celle posée par The Conversation :
Avons-nous un véritable projet politique pour le périscolaire ?
C’est pourquoi nous avons choisi de nous emparer de cet article et de mettre son analyse en regard de la situation corpopétrussienne.
Le débat national posé par The Conversation nous donne ainsi l’occasion de regarder autrement les choix locaux.
Le périscolaire n’est pas une simple « garderie »
L’un des intérêts de l’article de The Conversation est justement de rappeler l’importance réelle du périscolaire dans la vie quotidienne.
Le périscolaire concerne une très grande majorité des enfants et constitue, pour de nombreuses familles, une composante indispensable de leur organisation.
Car derrière un tableau de fréquentation, il y a des réalités familiales très diverses : des parents qui travaillent, d’autres qui sont en recherche d’emploi ou en voie de retrouver une activité professionnelle, des familles monoparentales (très majoritairement des mamans seules) , des parents dont les horaires ne correspondent pas à ceux de l’école, des familles qui n’ont ni grands-parents disponibles ni solution privée de garde.
Pour toutes ces familles, le périscolaire et les ALSH peuvent constituer une réponse essentielle à un besoin concret : pouvoir travailler, rechercher un emploi ou se former tout en sachant ses enfants accueilli·es dans de bonnes conditions.
Mais The Conversation nous invite justement à ne pas nous arrêter à cette seule fonction.
Pour les enfants, le temps périscolaire est aussi un temps éducatif, social et de loisirs : jouer, découvrir, pratiquer des activités, rencontrer d’autres enfants, apprendre à vivre ensemble, développer son autonomie.
Le périscolaire n’est donc pas simplement ce qui se passe entre l’école et la maison. Il fait partie du temps de l’enfance.
Et cette réalité devrait être au cœur du projet qui lui est consacré.
C’est là que la question politique commence
L’article de The Conversation pointe une contradiction : alors que le périscolaire occupe une place considérable dans la vie des enfants et des familles, il reste trop souvent pensé comme un secteur que l’on organise, que l’on gère ou que l’on tente de faire fonctionner tant bien que mal, plutôt que comme une véritable politique publique.
Les difficultés sont connues :
- recrutement ;
- formation et qualification ;
- précarité ;
- conditions de travail ;
- moyens ;
- prévention des violences ;
- professionnalisation.
Mais derrière chacune de ces questions se trouve une interrogation plus fondamentale :
Quel projet éducatif, social et politique voulons-nous pour le temps périscolaire ?
Et c’est précisément ici que le débat national rejoint notre situation locale.
À Saint-Pierre-des-Corps, cinq ans après, quel projet ?
En 2021, la Ville a fait le choix d’internaliser la gestion du périscolaire, après des décennies durant lesquelles le Patronage Laïque avait notamment participé à l’organisation des activités périscolaires et extrascolaires.
Ce choix était politique.
Cinq ans plus tard, la question posée par The Conversation nous semble donc particulièrement pertinente à l’échelle de notre commune :
Quel projet éducatif, social et politique avons-nous construit depuis 2021 ?
Il est parfaitement légitime de demander :
- Quels objectifs avaient été fixés ?
- Quel projet éducatif a été défini ?
- Quels moyens humains et financiers lui ont été consacrés ?
- Quel bilan peut-on tirer de cette organisation ?
- Qu’est-ce qui fonctionne ?
- Qu’est-ce qui doit être amélioré ?
- Et surtout, quelle ambition pour les années à venir ?
Il ne s’agit pas de regretter systématiquement ce qui existait auparavant. Il s’agit de regarder ce qui a été construit depuis 2021 et de comprendre quelle conception du service public de l’enfance est aujourd’hui portée par la collectivité et comment est-ce partagé prioritairement avec ses usager.es : Les parents et les enfants.
Les ALSH : quand la fréquentation devient l’argument
C’est dans ce contexte que la fermeture des ALSH municipaux pendant les vacances de Noël, justifiée notamment par une faible fréquentation, prend une autre dimension.
L’article de The Conversation nous invite à considérer le périscolaire comme une politique répondant à des besoins. Dès lors, une baisse de fréquentation ne peut pas être regardée uniquement comme une donnée comptable.
Avant de compter combien d’enfants viennent, ne faudrait-il pas se demander : Pourquoi viennent-ils ? Pourquoi certain·es ne viennent-ils plus ? De quoi les familles ont-elles besoin ?
Et surtout :
Un service public doit pouvoir durer… et s’adapter
C’est ici que nous voulons prolonger l’analyse de The Conversation avec une question qui nous paraît essentielle.
Un service public existe d’abord parce qu’il répond à des besoins.
Dans le cas du périscolaire et des ALSH, ces besoins sont ceux des enfants et des familles. Ils peuvent évoluer, varier selon les périodes, les horaires de travail, les situations professionnelles ou familiales.
Mais ils ne disparaissent pas nécessairement parce qu’un indicateur de fréquentation baisse.
Un service public doit donc être pérenne, tout en étant capable de s’adapter.
Cela peut vouloir dire :
- regrouper certaines activités sur une période plus courte ;
- cibler certaines journées ;
- adapter les modalités d’accueil ;
- ajuster les moyens ;
- écouter les familles ;
- ou, lorsque les effectifs sont faibles, réfléchir aux autres missions qui peuvent être confiées aux agent·es.
C’est d’ailleurs ce que nous écrivions déjà à propos des ALSH : « Moins de fréquentation doit conduire à chercher comment adapter le service, pas automatiquement à expliquer pourquoi on peut s’en débarrasser. »
Car il existe un risque particulièrement pervers : faire disparaître progressivement le besoin en faisant disparaître la réponse à ce besoin.
Lorsque les horaires deviennent moins adaptés, que les périodes d’ouverture se réduisent, que l’information est moins claire ou que la qualité d’accueil se dégrade, certaines familles peuvent renoncer, s’organiser autrement ou ne plus considérer le service comme une solution.
On peut alors entrer dans un cercle bien connu :
On dégrade le service → la fréquentation baisse → on utilise cette baisse pour justifier une nouvelle dégradation → puis la disparition du service finit par apparaître comme inévitable.
La pratique d’un service public dégradé n’est donc pas neutre. Elle peut produire les conditions de sa propre disparition.
Et là encore, la question posée par The Conversation prend tout son sens : Avons-nous un projet pour ce service public ou sommes-nous simplement en train de gérer sa survie ?
Le recrutement : une réponse technique à une question politique ?
L’article de The Conversation insiste également sur les difficultés de recrutement, de formation et de professionnalisation du secteur.
À Saint-Pierre-des-Corps, le recours au « job dating » peut apparaître comme une réponse pragmatique aux difficultés rencontrées. Mais cette méthode mérite d’être interrogée lorsqu’il s’agit de constituer des équipes chargées d’encadrer des enfants.
- Quels profils recherche-t-on ?
- Quelles compétences ?
- Quelle expérience ?
- Quelle formation ?
- Comment construit-on une équipe stable et professionnelle ?
- Comment garantit-on l’égalité de traitement dans la sélection ?
Un recrutement fondé sur une rencontre très courte peut notamment exposer à des biais de sélection et à des risques de discrimination.
La question dépasse largement Saint-Pierre-des-Corps.
Elle rejoint directement celle posée par The Conversation :
Que sommes-nous prêt·es à investir pour faire du périscolaire un véritable métier et une véritable politique publique ?
Et les ATSEM dans tout ça ?
Saint-Pierre-des-Corps n’est évidemment pas un cas isolé.
Dans de nombreuses collectivités, les difficultés d’organisation du périscolaire conduisent à rechercher, dans l’urgence, des solutions auprès d’agent·es déjà indispensables au fonctionnement des écoles.
Le recours aux ATSEM pour pallier ces difficultés en est une illustration.
Ce qui peut être présenté comme une réponse ponctuelle risque alors de devenir une charge supplémentaire pour des professionnelles dont les missions, les responsabilités et les conditions de travail mériteraient au contraire d’être clairement pensées, reconnues et respectées.
À force de bricoler dans la précipitation, on finit par faire porter aux agent·es les conséquences des choix d’organisation.
Et lorsque le mécontentement monte, jusqu’à faire entendre le bruit d’un possible recours à la grève des ATSEM, peut-être est-il temps de cesser de bricoler et de commencer à penser politique, métiers, moyens et conditions de travail.
Là encore, nous retrouvons l’une des préoccupations centrales de l’article de The Conversation :
On ne peut pas construire un service public de qualité sans penser celles et ceux qui le font vivre.
Derrière les décisions, le projet
C’est finalement ce que nous retenons de l’article de The Conversation.
Il nous invite à regarder autrement les difficultés du périscolaire : non comme une succession de problèmes techniques à résoudre séparément, mais comme les différentes dimensions d’un même projet.
Un projet :
- éducatif, pour les enfants ;
- social, pour les familles ;
- professionnel, pour les agent·es ;
- politique, parce qu’il engage des choix collectifs et des moyens publics.
À Saint-Pierre-des-Corps, les décisions prises depuis 2021 : internalisation, organisation des ALSH, modalités de recrutement, recours aux ATSEM : méritent donc d’être regardées ensemble et tout d’abord aevec les usager.es de ce service (parents et enfants)
Non pas pour refaire indéfiniment le procès du Patronage Laïque, mais pour comprendre où nous en sommes cinq ans après, où nous voulons aller et avec quels moyens.
Car c’est bien là que l’article de The Conversation nous interpelle.
Un service public ne se résume ni à un budget, ni à un taux de fréquentation, ni à une organisation administrative.
Il se définit aussi par :
- les besoins auxquels il répond ;
- la qualité du service rendu ;
- les conditions dans lesquelles il est assuré ;
- et surtout, le projet collectif qu’il porte.
« Quand une collectivité organise le temps des enfants, elle fait un choix éducatif et politique. »
Alors, cinq ans après l’internalisation du périscolaire :
QUEL EST LE PROJET À SAINT-PIERRE-DES-CORPS ?
A Saint-Pierre-des-Corps, le 5 septembre 2026
Le Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle (VESEMT).
Lisons The Conversation. Et discutons-en ici.
C’est aussi l’occasion de partager largement l’article de Jérôme Camus et Laurent Besse.
Parce que leur réflexion ne concerne pas seulement les spécialistes de l’éducation ou de l’animation.
Elle concerne les parents, les enfants, les professionnel·les, les agent·es des collectivités et, plus largement, toutes celles et ceux qui considèrent que le service public de l’enfance mérite mieux qu’une succession de réponses improvisées.
L’article apporte un éclairage national.
À nous de regarder ce qu’il dit à l’aune de notre réalité locale.
Et surtout, de poser les questions qui comptent :
Quel périscolaire voulons-nous ?
Pour quels enfants ?
Pour quelles familles ?
Avec quels métiers, quels moyens et quel projet ?
Regardons les actes. Posons les questions qui comptent.
RESSOURCES
Source : The Conversation
Titre : « Périscolaire : derrière le scandale des violences sexuelles, un secteur en manque de projet politique ? »
Date : 3 septembre 2026
Lien : The Conversation
En bref : Jérôme Camus et Laurent Besse analysent les difficultés du secteur périscolaire — recrutement, formation, précarité, ressources, prévention des violences — et montrent qu’elles renvoient à une question plus profonde : l’absence d’un véritable projet politique pour le temps périscolaire.
Pourquoi le lire avec cet article ? C’est le point de départ de notre réflexion. Nous nous emparons de leur question générale pour regarder ce qu’elle produit lorsqu’on la pose à Saint-Pierre-des-Corps.
Source : VESEMT
Titre : « Périscolaire : et si le problème était aussi politique ? »
Date : 4 septembre 2026
Lien : Lire l’article sur VESEMT
En bref : publié dans le prolongement de l’analyse de The Conversation, cet article de VESEMT interroge le manque de projet politique derrière les difficultés du périscolaire.
Pourquoi le lire avec cet article ? Il constitue le premier prolongement local de la réflexion portée par Camus et Besse et permet de faire le lien entre les enjeux généraux du secteur et la situation corpopétrussienne.
Source : VESEMT
Titre : « À Saint-Pierre-des-Corps, les ALSH prennent aussi des vacances. Sauf que les parents, eux, n’ont pas toujours ce luxe. »
Date : 2 septembre 2026
Lien : Lire l’article sur VESEMT
En bref : cet article interroge la décision de fermer les ALSH pendant les vacances de Noël au regard des besoins des familles et des enfants.
Pourquoi le lire avec cet article ? Il permet d’illustrer très concrètement l’une des questions soulevées par The Conversation : comment adapter un service public aux besoins plutôt que de laisser une baisse de fréquentation justifier sa réduction ?
Source : ICI Touraine
Titre : « Municipales 2026 : Saint-Pierre-des-Corps »
Date : 20 mars 2026
Lien : débat consacré aux municipales à Saint-Pierre-des-Corps, ICI Touraine
En bref : ce débat revient notamment sur le choix de la municipalité d’internaliser le périscolaire.
Pourquoi le lire avec cet article ? Il permet de replacer la situation actuelle dans son contexte politique et de revenir sur le choix effectué en 2021, point de départ de la réflexion sur le bilan et le projet à venir.
Source : VESEMT
Titre : « Lidl, recrutements et transparence : la CADA va savoir ce qu’on lui a caché »
Date : 2026
Lien : article VESEMT
En bref : cet article interroge les pratiques de recrutement, les critères retenus par une collectivité et les exigences de transparence qui accompagnent l’action publique.
Pourquoi le lire avec cet article ? Il élargit la réflexion sur le recrutement des animateur·rices et sur la manière dont une collectivité construit concrètement ses équipes et ses politiques publiques.
Source : Archives et documents municipaux
Titre : Évolution de l’organisation du périscolaire et des activités enfance à Saint-Pierre-des-Corps, 2017-2026
Date : 2017-2026
Lien : documents municipaux, délibérations, budgets, communications et archives de la Ville
En bref : ces documents permettent de suivre l’évolution de l’organisation du périscolaire, des ALSH et des activités enfance avant et après 2021.
Pourquoi le lire avec cet article ? Parce qu’une question politique mérite aussi de pouvoir être documentée. Ces archives permettraient de mesurer concrètement ce qui a changé depuis l’internalisation : moyens, organisation, fréquentation, personnels, missions et choix budgétaires.
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Saint-Pierre-des-Corps, le 7 septembre 2026
Le Comité populaire et néanmoins bienveillant de Vivre (surtout) Ensemble et (si possible) Solidaires en Métropole Tourangelle (VESEMT)
