Abd-El-Kader AÏT MOHAMED :
Du développement social urbain à l’émancipation populaire : une trajectoire à l’épreuve des faits
Le parcours d’Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED a ceci de particulier qu’il ne ressemble pas vraiment à une carrière politique classique. Pas de plan de carrière soigneusement dessiné sur papier glacé, pas de chasse au mandat, pas de stage intensif à l’école du « moi, je ». Et surtout, pas cette mystérieuse capacité à commencer par vouloir servir la population et à finir par vouloir surtout être élu.
Son parcours s’est construit ailleurs : dans le travail, sur le terrain, au contact des habitant·es et dans quatre décennies d’engagement professionnel au sein des politiques publiques, auxquelles s’ajoute un militantisme politique et associatif constant. Une trajectoire fondée moins sur les déclarations d’intention que sur l’épreuve des faits.
Son fil rouge est finalement assez simple : égalité réelle, cohésion sociale, service public, éducation populaire et participation des habitant·es. Bref, tout ce qui fait beaucoup moins rêver dans une brochure électorale que « attractivité territoriale », mais qui présente l’avantage de concerner directement les gens.
1. L’ascension par la qualification : quand le terrain fait office d’université
Le point de départ est une bifurcation qui aurait pu être un handicap et qui est devenue une méthode.
Après l’interruption de la filière technique classique, en Terminale F3 électrotechnique, Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED construit exclusivement son parcours par la formation professionnelle qualifiante et continue. Pas de grand diplôme obtenu à 22 ans pour ensuite expliquer pendant quarante ans comment fonctionne le terrain sans jamais y mettre les pieds.
Ici, chaque qualification vient répondre à une expérience et à un besoin professionnels.
BAFA et BAFD dans les années 1980, DEFA en 1989, formation de Chef de Projet – Agent de Développement (DIV/ADELS) en 1992, Licence d’Ingénierie du Management, option Développement Social Urbain, à Paris Nord en 1994, puis titre de Formateur Professionnel d’Adultes – Conseiller en Insertion Professionnelle à l’AFPA en 2008.
la logique est constante: On apprend, on expérimente, on retourne sur le terrain, puis on recommence.
Une conception de la qualification qui a au moins un mérite : elle permet de vérifier si la théorie survit au contact du réel. Le réel étant, comme chacun sait, cette curieuse chose qui n’a jamais lu les circulaires.
Ce parcours lui a surtout appris une chose : une politique publique se juge moins à la beauté de son intitulé qu’à ce qu’elle change réellement dans la vie des gens.
2. Trente années de terrain dans les politiques publiques
Avant d’entrer dans la Politique de la Ville, Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED a passé plus de vingt ans dans l’animation. De 1987 à 1989 période qui mériterait à elle seule un chapitre, il a exercé l’ensemble des métiers de l’animation, d’animateur à chef de service. On ne détaillera pas ici chaque étape : disons simplement qu’il a eu le temps de connaître le métier par presque tous ses étages, ce qui évite ensuite de découvrir le terrain depuis un bureau.
De 1990 à 2021, son parcours professionnel se construit alors autour de deux grands axes : les politiques de la ville et le développement social urbain d’abord ; la formation, la médiation et l’accès aux droits ensuite.
Le temps de la Politique de la Ville et du développement social urbain (1990–2006)
Saint-Pierre-des-Corps constitue le premier grand socle de cette expérience, de 1990 à 2000.
Directeur de l’Association pour le DSU puis du service municipal « Politique de la Ville », Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED devient notamment Chef de Projet du Contrat de Ville de l’agglomération tourangelle et intervient sur la convention de quartier de La Rabaterie ainsi que sur le Contrat Local de Sécurité.
Traduction moins administrative : il s’agit de faire en sorte que les politiques publiques produisent quelque chose dans les quartiers, autrement que des acronymes.
Et c’est important de le préciser : cette activité relève alors du travail sur les politiques publiques, de la conduite de projets et de la gestion territoriale. Elle ne constitue pas une activité politique partisane locale.
De 2000 à 2006, il poursuit cette trajectoire à Joué-lès-Tours comme Directeur de la Mission Ville, où il pilote notamment le Contrat de Ville, le GPV — devenu ensuite l’ANRU — et différents dispositifs d’insertion.
Bref, beaucoup de sigles, beaucoup de réunions, et surtout beaucoup de travail. La République adore les acronymes ; les habitants, eux, préfèrent généralement que les choses fonctionnent.
Le temps de la formation, de la médiation et de l’accès aux droits (2006–2021)
À partir de 2006, son parcours professionnel se poursuit dans les Yvelines, avec une orientation davantage tournée vers la transmission, la formation et l’accompagnement des acteurs du tissu local au sein de l’association Le Temps du Lude.
Puis, de 2013 à janvier 2021, il dirige le PIMMS des Mureaux.
Il y assume la direction générale d’un équipement de médiation sociale de proximité, d’accompagnement à la dématérialisation et de professionnalisation des salarié·es. Une activité devenue particulièrement utile à mesure que l’administration expliquait aux citoyens qu’ils étaient désormais « autonomes » pour effectuer leurs démarches en ligne, souvent après avoir supprimé le guichet où ils pouvaient justement demander de l’aide.
Cette expérience s’élargit à l’échelle départementale pour le réseau PIMMS et le conduit à siéger comme administrateur, en qualité de personne qualifiée, de la CAF des Yvelines.
3. Un militantisme politique et associatif : fidèle aux idées, allergique aux étiquettes
En parallèle des responsabilités professionnelles, l’engagement politique n’a jamais varié.
Sur les questions d’égalité, son engagement est d’une remarquable constance. De la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, à laquelle il participe, à l’Appel des Indigènes de la République, puis, jusqu’à il y a peu, au sein du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires, il n’a cessé de porter les mêmes combats : l’égalité des droits, la lutte contre le racisme et les discriminations, contre le colonialisme et l’impérialisme, et pour la solidarité internationale. La question palestinienne en est l’une des expressions les plus constantes, au croisement de ces combats pour l’égalité, la décolonisation et le droit des peuples. Pour ne citer ici que les engagements les plus marquants.
Cet engagement s’est notamment traduit par sa participation à la création du Collectif Palestine 37 ou de RESF 37.
Il est connu comme un militant de gauche. Ce qui est exact. Mais l’étiquette n’a jamais vraiment été son choix et, surtout, elle n’a jamais été validée par la petite carte plastifiée d’un parti politique. Il n’a pas éprouvé le besoin de demander à une organisation de lui confirmer qu’il était autorisé à penser à gauche.
Sa notoriété s’est aussi construite par des chemins nettement moins conventionnels. L’affaire dite « des Baleiniers », en 2010, y a largement contribué. Avec d’autres militants, Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED dénonçait alors les méthodes policières employées dans la chasse aux sans-papiers, notamment le recours à des fichiers permettant de repérer les enfants pour atteindre leurs parents. L’affaire, qui donna lieu à une longue procédure judiciaire jusqu’au rejet du pourvoi en cassation en 2013, ramena régulièrement les « 4 de Tours » dans l’actualité politique et militante tourangelle. Trois ans de procédure : la notoriété, cette fois, avait eu tout le temps de s’installer.
Il faut reconnaître à la postérité un sens assez particulier de l’humour : après quarante ans de politiques de la ville, de développement social, de lutte contre les discriminations et d’engagement militant, Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED aura aussi gagné une part de sa notoriété grâce aux baleiniers. D’autres ont construit la leur à coups d’affiches électorales ; lui a eu droit aux cétacés. La baleine aura donc peut-être davantage contribué à sa notoriété que deux campagnes législatives. Comme quoi, en politique, il ne suffit pas toujours de choisir son combat : parfois, c’est le combat qui choisit votre biographie.
Son positionnement est en revanche clair : sans concession avec le libéralisme comme avec le social-libéralisme. Ce qui ne l’empêche pas de soutenir ou de participer à des candidatures locales ou nationales ancrées à gauche, à une condition assez élémentaire : qu’il y ait un programme avec.
Sur le plan électoral, son expérience reste d’ailleurs particulièrement limitée : deux seules participations à des élections législatives, à Tours, en 2002 et 2007. Deux candidatures de témoignage, dont celle de 2007 inscrite dans le cadre des Collectifs Unitaires.
Autrement dit, il a bien été candidat. Mais il n’a jamais transformé la candidature en projet professionnel. Ce qui, dans le monde politique, mérite presque une mention au patrimoine immatériel.
4. 2021–2026 : retraite professionnelle, mais pas retraite citoyenne
Janvier 2021 : retraite professionnelle.
Fin de l’histoire ?
Pas vraiment.
Le retour à Saint-Pierre-des-Corps coïncide avec une implication associative immédiate autour de la défense des biens communs et d’espaces permettant l’émancipation collective.
Mobilisation pour le Studio XCAPE, qu’il présidait, opposition à la disparition du Patronage Laïque, puis fondation de l’association VESEMT — Vivre [surtout] Ensemble et [si possible] Solidaires en Métropole Tourangelle.
Le nom est déjà tout un programme. Et probablement aussi une manière polie de rappeler qu’on peut vivre ensemble sans nécessairement commencer par faire un PowerPoint sur la « résilience des territoires ».
Cette dynamique s’inscrit également dans un engagement concret dans la durée du mandat, avec deux membres de la majorité municipale ayant fait le choix de la quitter pour constituer une opposition « résolument offensive ».
Président de VESEMT et animateur de son Comité Populaire, Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED met aujourd’hui son expérience des politiques de la ville au service d’un contre-pouvoir citoyen.
Son exigence porte notamment sur la transparence, la prévention primaire et la place donnée à la parole des habitant·es.
Avec une conviction simple : consulter les habitants, c’est bien ; les écouter, c’est mieux. Et leur répondre, parfois, ce serait carrément révolutionnaire.
Face à une municipalité et une métropole où la logique gestionnaire peut parfois prendre le pas sur le projet politique, VESEMT entend ainsi remettre au centre ce qui devrait pourtant constituer le centre : les habitant·es, les services publics et l’intérêt général.
5. Le choix de la liberté politique : l’élection n’est pas une vocation sacerdotale
Dans cette logique, la décision prise avec VESEMT de ne pas présenter de liste sous la bannière « Notre ville a du talent » aux municipales de 2026 à Saint-Pierre-des-Corps n’est ni un reniement ni une retraite politique.
C’est un choix.
Celui de considérer que l’élection est un moyen, pas une fin. Et certainement pas un CDI avec indemnités.
La volonté d’être élu ne constitue donc ni un aboutissement personnel ni un tremplin de carrière. Une élection doit avoir un sens politique et s’appuyer sur une démarche collective suffisamment solide.
Or, le constat est assumé : dans les conditions réunies, une telle liste n’aurait objectivement pas été en mesure de viser la première place.
Plutôt que de faire semblant de croire le contraire — exercice dans lequel la politique institutionnelle possède pourtant une certaine expérience — le choix a donc été celui de la cohérence.
S’affranchir des logiques d’appareils, des calculs de boutique et de la politique politicienne ne signifie pas renoncer au rapport de force. Cela signifie choisir où et comment l’exercer.
Pour Abd-El-Kader AÏT-MOHAMED, le terrain reste donc clairement identifié :
- du côté de l’Intérêt Général ;
- de l’éducation populaire ;
- du travail de terrain ;
- du rapport de force collectif ;
- de la défense intransigeante des quartiers populaires et des immigrations ;
- de l’égalité réelle ;
- et de services publics de qualité.
Pas forcément très glamour.
Mais après quarante ans de terrain, il se pourrait bien que ce soit précisément le problème : les convictions, contrairement aux slogans, ont la fâcheuse habitude de devoir passer l’épreuve des faits.
